Introduction

Le glyphosate est la matière active la plus couramment utilisée ces dernières années pour le désherbage total (c’est à dire non sélectif) des espaces verts, des allées et trottoirs des parcs, jardins, cimetières ou autres espaces où les adventices sont indésirables. Les golfs et terrains de sports l’utilisent pour le désherbage de zones nécessitant une réfection ou pour les allées des parcours. Les produits à base de glyphosate ont l’avantage d’être redoutablement efficaces, rapides, et bon marché. C’est de loin la matière active la plus facile à utiliser pour le désherbage total. Une nouvelle étude explique néanmoins l’effet nocif de la matière active sur les populations d’abeilles domestiques.

Ruches sur golf aux USA
Figure 1 : ruchers installés sur un golf aux USA. (Photo: https://www.beepods.com/best-top-bar-hive/for-golf-courses/). Licence : photographie par Beepods tous droits réservés

Contexte réglementaire

La loi n° 2014-110 du 6 février 2014 dite “loi l’abbé  vise à mieux encadrer l’utilisation des pesticides sur le territoire national et plus précisément d’interdire l’utilisation de produit phytopharmaceutiques (hors produits de bio-contrôle, produits UAB ou à faibles risques) pour l’entretien des zones dites espaces verts, promenades ou forêts accessibles ou ouverts au public.

La loi n° 2015-992 du 17 août 2015 ou “loi de transition énergétique pour la croissance verte” ajoute les voiries à la liste des zones espaces verts concernées par la “Loi Labbé“, et avance l’entrée en vigueur de cette loi au 1er janvier 2017. Les pesticides pourront être

Désherbage au glyphosate sur gazon
Figure 2 : résultats classiques du désherbage au glyphosate sur gazon. Licence : photographie par Jared Hoyle (Kansas State University) tous droits réservés

utilisés au niveau des voiries considérées comme zones étroites ou difficiles d’accès, telles que les bretelles, échangeurs, terre-plein centraux et ouvrages.

Les parcours de golf, dès lors qu’ils n’ont pas de vocation de promenade et que leur végétalisation n’a pas d’autre fin que permettre le bon exercice de la pratique golfique semblent pouvoir être exclus du champs d’application de la loi. En revanche les autres espaces d’un golf destinés à la promenade, aux espaces verts ou à la voirie, comme les voies d’accès et les parkings, sont alors soumis à l’interdiction prévue.

Enfin, les cimetières et les terrains de sport ne sont concernés par l’interdiction que s’ils font l’objet d’un usage de « promenade » ou d’ « espace vert » avéré.

Impact du glyphosate sur les pollinisateurs

Certains constats alarmants sont régulièrement réalisés sur l’impact des produits phytosanitaires sur la biodiversité et la qualité de notre environnement. Au printemps 2018, le muséum d’histoire naturel et le CNRS tiraient la sonnette d’alarme concernant le déclin des oiseaux dans nos campagnes. C’est un triste constat qui englobe tout l’écosystème puisque les insectes représentent la source d’alimentation principal des oiseaux.

Les consciences changent cependant peu à peu et les pratiques tendent désormais vers une meilleure prise en compte des insectes pollinisateurs. C’est le cas de certains golfs avec la création de labels (avec muséum d’histoire naturelle ou écocert). Ceux-ci s’engagent dans une démarche structurée et approfondie de connaissance, de protection et de valorisation de leur patrimoine naturel. Il n’est également pas rare de voir des golfs ayant installé quelques ruches sur leur parcours (voir figure 1 et 3).

Ruches sur le golf d'Evreux
Figure 3 : Ruches sur le golf d’Evreux dans le département de l’Eure. (Source : article actu.fr) Licence : Photographie par la Dépêche Evreux tous droits réservés

Dans ce triste contexte, une nouvelle étude1 vient mettre en doute l’innocuité du glyphosate sur l’abeille domestique. Le produit aurait un effet délétère sur la flore intestinal de l’abeille et favoriserait la prolifération de certains micro-organismes pathogènes qui diminueraient les chances de survie hivernales de l’abeille. Les abeilles sont en effet touchées par des mortalités hivernales massives2 dont les origines sont complexes et multifactorielles. Le glyphosate participerait donc à ces mortalités observées à travers le monde.

Bien évidemment, les volumes de glyphosate sont majoritairement pulvérisés sur des surfaces agricoles. Il est donc utile de rappeler que les terrains de sports, dont la réputation est parfois malmenée, ne représentent qu’une partie infime des volumes de produits phytosanitaires utilisés en France. Les surfaces intensives sont en effet minimales en comparaison.

Toujours est il que dans une démarche écologique et de préservation des insectes pollinisateurs et pour une meilleure valorisation écologique de la filière des terrains de sports, il conviendrait aux intendants de limiter au maximum l’utilisation du glyphosate. Malheureusement, à l’heure actuelle, les solutions alternatives vraiment efficaces et économiques sont relativement rares.

Références

  1. E. V. S. MottaK.Raymann, N. A. Moran, (2018). Glyphosate perturbs the gut microbiota of honey bees, Proceedings of the National Academy of Sciences, 6p. https://doi.org/10.1073/pnas.1803880115
  2. D. Calavas (2018). Mortalité des colonies d’abeilles durant l’hiver 2017/2018 point d’étape au 25 juillet de l’enquête nationale auprès des apiculteurs – Rapport de la plateforme ESA, 3p. https://www.plateforme-esa.fr/article/mortalite-des-colonies-d-abeilles-durant-l-hiver-2017-2018-point-d-etape-au-25-juillet-de-l