Green Fusariose FroideGreen SDHI

Introduction

La fusariose froide (causée par les champignons Microdochium Nivale et M. Majus) est le pathogène le plus problématique sur les golfs et terrains de sports du territoire français lors de la période hivernale. C’est en effet un des rares champignons capable de se développer à des températures inférieures à 10°C.

Il est capable de provoquer des dégâts très importants sur les greens de golfs avec une perturbation qui engendre parfois un manque à gagner pour les golfs touchés (aspect esthétique médiocre, ligne de putt aléatoire).

Différents paramètres sont à l’origine du développement de la fusariose froide. Certains sont contrôlables comme le type de fertilisation, la fréquence et le type d’opérations mécaniques, le type de cultivars, la hauteur de tonte, etc.

D’autres ne le sont irrémédiablement pas et sont pourtant déterminants en ce qui concerne le développement du pathogène : les conditions météorologiques. En effet, la fusariose froide se développe de manière optimale lorsque la température est comprise entre 0°C et 12°C avec une forte humidité. De plus, le pâturin annuel, très difficile à contrôler est toujours présent en plus ou moins forte quantité sur les greens avec une forte sensibilité à la fusariose froide. Ainsi, l’occurence de la maladie est largement annuelle et il est très difficile de la contrôler sans recours aux fongicides.

Sur le marché des fongicides homologués sur gazon (voir le guide des fongicides gazon), il existe peu de familles chimiques de fongicides différentes. Ainsi, depuis 20 ans, les souches de fusariose froide reçoivent alternativement entre 3 à 4 familles différentes de fongicides (triazoles, strobilurines, phénylpyrolles, dicarboximides) avec la plupart du temps seulement 2. En 2018, l’iprodione a été interdit signant la fin des dicarboximides et ramenant provisoirement à 3 le nombre total de familles.

Au fil des années, des souches plus ou moins résistantes aux différentes familles ont été sélectionnées avec une diminution de l’efficacité des produits homologués, menant parfois les greenkeepers dans une impasse. Celui-ci est en effet dans l’incapacité de contrôler correctement le pathogène avec :

  • une conséquence économique : qualité des greens médiocre et jouabilité diminuée.
  • une conséquence environnementale : nombre conséquent d’applications de fongicides pour contrôler la maladie.

Ce phénomène est appelé “phénomène de résistance“. A ce sujet, la clinique du gazon avait traduit un excellent article de l’USGA avec l’autorisation de l’association, disponible en cliquant sur le lien suivant.

Très peu de réelles nouveautés existent sur le marché des fongicides car les contraintes réglementaires deviennent de plus en plus lourdes pour les firmes agropharmaceutiques.

Récemment, les sociétés Bayer et Syngenta ont toutefois homologué deux produits contenant une famille chimique jusqu’alors jamais utilisée sur les gazons : les SDHIs :

Cet article se veut un exemple illustrant l’efficacité d’une nouvelle famille chimique jamais utilisée sur des souches résistantes de fusariose froide à travers une étude de cas (golf).

Efficacité des SDHIs sur des souches résistantes aux triazoles sur green de golf

Les greens de ce golf sont constitués d’un mélange d’agrostide stolonifère et de pâturin annuel. Les conditions météorologiques du secteur sont favorables au développement de la fusariose (humidité relative élevée) depuis la fin de l’automne jusqu’au printemps avec souvent un chevauchement entre les attaques de dollar spot et de fusariose froide (voir figures 1 et 2).

Microdochium Nivale résistante aux triazoles
Figure 1 : Epidémie de fusariose froide modérément résistante aux triazoles et strobilurines sur green de golf composé d’agrostide stolonifère et pâturin annuel.
Source : R. GIRAUD. Licence : Clinique du gazon, tous droits réservés

Sur ce golf, le contrôle de la fusariose froide a été de plus en plus difficile depuis 2010 malgré une diminution des quantités d’azote annuelles (principalement par voie foliaire) et de nombreux verticuts réalisés tout au long de la saison (environ 2 par mois). Malgré une rotation des familles chimiques avec les produits disponibles, les applications de fongicides à base de triazoles ou strobilurines n’étaient plus efficaces et le mycélium était parfois visible seulement 3 à 4 jours après les applications.

Incubation d'une souche de fusariose froide sur green de golf
Figure 2 : Incubation d’une des souches résistantes de fusariose froide en laboratoire.
Source : R. GIRAUD. Licence : Clinique du gazon, tous droits réservés

Ainsi, la clinique du gazon a réalisé en 2018 un test de résistance des souches de fusariose froide du golf aux triazoles afin de vérifier leur sensibilité à différents produits (voir figure 3). Les souches du golf peuvent en effet être considérées modérément résistantes aux triazoles et strobilurines. Ce résultat est bien sûr important dans le choix des traitements à réaliser.

Test de résistance aux triazoles
Figure 3 : Test de résistance au propiconazole effectué sur une des souches de fusariose froide du golf. Source : R. GIRAUD. Licence : Clinique du gazon, tous droits réservés

Cette résistance modérée explique la baisse significative des applications de fongicides. Ayant fait le tour des stratégies autour des produits homologués, le greenkeeper était ainsi dans une impasse et la venue de la nouvelle famille chimique des SDHIs était une solution potentielle.

Durant l’automne 2018, au début des premières attaques de fusariose froide, une application de benzovindiflupyr (une matière active de la famille des SDHIs en mélange avec le difénoconazole, une triazole jamais encore utilisé sur gazon : Ascernity®) a été réalisée à la dose homologuée du produit. Depuis quelques années, jamais une application de fongicide n’a été aussi efficace avec un excellent contrôle des souches résistantes aux triazoles (voir photographie ci-dessous réalisée début janvier avec une application début novembre).

Green Fusariose FroideGreen SDHI

Ainsi, cet exemple montre l’importance du concept de résistance aux fongicides et surtout celle de l’introduction des nouvelles familles chimiques.

Les souches résistantes à une une famille chimique ont une faible probabilité d’être résistantes à une autre famille chimique dont le mode d’action est sensiblement différent sauf dans le cas de résistance multiples (voir article sur la résistance aux fongicides). Dans le cas présent, les populations résistantes aux triazoles semblent sensibles aux SDHIs.

Rotations, rotations, rotations …

A l’heure actuelle, il semblerait donc que le greenkeeper ait trouvé une solution efficace provisoire contre ses souches de fusariose froide. Il convient donc désormais d’alterner au maximum les familles de fongicides dans le but de retarder l’apparition de résistance aux SDHIs : ce risque est inéluctable.

Il est très important de souligner ce risque car il existe déjà aux USA avec certaines SDHIs (voir l’article suivant).

Ainsi, le greenkeeper devra désormais alterner au maximum entre :

Le problème réside alors dans l’association des familles chimiques dans les différents produits. Alors qu’il était possible dans le passé de n’utiliser qu’une triazole ou une strobilurine, les produits associent désormais triazole et strobilurine, strobilurine et SDHI ou triazole et SDHI. Le nombre d’applications maximal est également limité pour chacun des produits rendant le raisonnement compliqué.

Ainsi, dans notre exemple, la rotation suivante pourrait être utilisée dans le cas de 3 applications de fongicides lors de la période hivernale.

Cette rotation permet d’utiliser :

  • deux SDHIs efficaces sur les souches résistantes aux triazoles de fusariose froide
  • un traitement intermédiaire avec fludioxonil (bonne efficacité préventive et risque de résistance limitéet une triazole dont l’efficacité devrait être désormais supérieure après le premier traitement avec un SDHI
  • un troisième traitement avec une strobilurine encore pas appliquée et un SDHI efficace. A noter qu’une seule autre application de strobilurine sera autorisée dans la saison avec Heritage®, Insignia® ou Dedicate®.
  • les produits encore utilisables sur d’autres pathogènes pour le reste de la saison : Instrata Elite® (1 fois), Heritage® ou Insignia® ou Dedicate® (1 fois) et éventuellement Exteris Stressgard® ou Ascernity® (1 fois).

Ce cas montre la difficulté de bien choisir et alterner les différentes familles chimiques disponibles sur le marché des fongicides gazon.

Dans le cas de suspicion de souches résistantes, vous pouvez me contacter pour réaliser un test de résistance à différentes matières actives.

Bibliographie

  1. Gourlie, R. A. R. (Université de Guelph, 2018). Resistance to fungicides in the plant pathogen Microdochium Nivale. Thèse de Master. Université de Guelph. 186p. https://atrium.lib.uoguelph.ca/