Introduction

Cela fait déjà plus d’une bonne décennie que les produits à base de silice sont disponibles sur le marché du gazon. Les revendications sont assez larges :

  • Résistance aux piétinements
  • Amélioration de la roule des greens
  • Meilleure tolérance au stress hydrique
  • Renforcement de la plante face aux pathogènes

Dans les sols, la silice existe très rarement sous sa forme pure, elle est plutôt un constituant de certains minéraux. Par exemple, la formule chimique de la kaolinite, une argile est Al2Si2O5(OH)4. Le feldspath potassique (aluminosilicate) contient également de la silice avec sa formule chimique KAlSi3O8. Toutefois, la forme la plus courante dans la solution du sol est l’acide monosilique H4SiO4 qui existe en-dessous de pH 9 (Datnoff et al.,2001, Dibona et al., 2017).

En général, le cycle de la silice dans les sols consiste en une dégradation physique des minéraux constitués de silice comme les aluminosilicates ou les minéraux argileux amenant à une dissolution de la silice. L’acide monosilice Si(OH)4 peut être absorbé par les racines, ce dernier est ensuite véhiculé activement dans la plante par le xylème pour être déposé dans les cellules des parois cellulaires des feuilles sous forme de dépôts (SiO2.nH2O)(Ma et Yamaji, 2006, Dibona et al., 2017). L’acide silicique est polymérizé sous forme de gel ou « phytolithes » (concrétions siliceuses)(SiO2.nH2O) lorsque sa concentration dépasse un certain seuil. Même si cette polymérisation peut avoir lieu dans les racines, cette dernière forme se retrouve principalement dans les feuilles au niveau de la cuticule. Lorsque la plante meurt, la silice est rapportée au sol sous la forme phytolithes.

La silice est connue pour (Dibona et al., 2017) :

  • Son rôle de barrière mécanique du fait de son accumulation dans la cuticule et dans les parois cellulaires : ce fut la première explication de l’efficacité de la silice dans les plante. Il s’avère que le rôle de la silice est en réalité bien plus complexe.
  • Son rôle dans la résistance aux pathogènes : activation plus forte et plus rapide des gènes et enzymes de défense.
  • Son rôle dans l’amélioration des stress hydriques et osmotiques (salinité) du fait d’une meilleure absorption des nutriments, de la réduction du stress oxydatif, par une meilleure conservation de la teneur en eau dans les feuilles, d’une meilleure activité photosynthétique et par la régulation de la production de phytohormones.
  • La diminution de la production d’espèces réactives de l’oxygène (ERO) et l’amélioration du système antioxydant de la plante qui lui confère probablement ses bénéfices dans la gestion des stress abiotiques.

Les études réalisés sur gazon

L’idée est de mettre à jour régulièrement cet article avec les anciennes et nouvelles études sur le sujet. J’essaierai également de donner mon avis personnel.

Tolérance à la sécheresse

Une étude de 2022 de l’université de Virginie publiée dans le Virginia Turfgrass Journal de Janvier/Février 2023 vient de montrer l’efficacité d’applications régulières de silicate de potassium sur agrostide stolonifère dans la gestion du stress hydrique.

Les chercheurs ont utilisé 3 modalités sur des micro-parcelles avec agrostide stolonifère (variété(s) non citée(s)) :

Les produits ont été appliqués en foliaire tous les 15 jours du 8 juin au 31 août 2022. Aucune donnée précise de la fertilisation effectuée si ce n’est que « régulière ». Deux cycles d’irrigation de la saturation jusqu’au premiers signes de sécheresse ont été réalisés du 21 au 30 juin puis un arrêt de l’irrigation du 11 au 20 juillet. Différentes mesures ont été réalisées tous les 15 jours.

Les applications de silicate de potassium à 19.1 L/ha (1060 g/ha de SiO2) ont amélioré significativement la qualité du gazon, sa couleur, sa concentration en chlorophylle, son système antioxydant et sa photosynthèse spécifiquement à la fin des cycles où les signes de sécheresse étaient évidents. Les applications à 9.6 L/ha (530 g/ha de SiO2) ont également des effets bénéfiques, particulièrement en fin d’été (pas plus de précision).

Les 2 doses ont augmenté la masse et la viabilité racinaire mesurées à la fin des essais. Cet essais montre ainsi que des applications tous les 15 jours de 530 g/ha et 1060 g/ha de SiO2 sous forme de silicate de potassium améliorent significativement la tolérance au stress hydrique de l’agrostide stolonifère dans des conditions avérées de stress hydrique.

Cette étude est encourageante. Pour ma part, je pense que la forme de silice a probablement son importance. Je n’extrapolerais donc pas ces résultats à une autre forme de silice (dans cette étude : silicate de potassium). Il est également important de bien regarder la concentration en SiO2 ou Si (ne pas se tromper) mentionnée sur l’étiquette ou la fiche technique pour estimer les quantités apportées.

La suite à venir …